mardi 24 juin 2008, mis en ligne par Michel NARIOO
L’objet de la délibération : l’engagement à financer l’éventuel déficit du concessionnaireNous dénonçons cet engagement, non chiffré à ce jour, puisque les délibérations soumises au vote précisent : « le besoin de financements publics complémentaires sera apprécié à l’issue de la consultation des candidats à la concession, pour tirer partie pleinement de la mise en concurrence des investisseurs privés : il n’est donc pas à ce jour connu, ni dans son montant, ni dans sa répartition ». C’est irresponsable, dans une période où les ressources des collectivités locales sont mises à mal par le désengagement de l’Etat. Cela prouve bien que les caisses de l’Etat sont vides, puisque celui-ci fait voter le principe d’une participation des collectivités locales. Cet engagement non chiffré est d’autant plus "aventureux" que le coût total de cet aéroport, s’il se réalise, sera beaucoup plus près de 2 ou 3 milliards d’euros que des 584 M € H.T, chiffre officiel du dossier d’enquête publique. Le compte est vite fait : le financement total de l’Etat devrait s’établir entre 120 et 150 M €, le coût global sera entre 2 à 3 milliards... qui financera la différence, et au détriment de quels équipements : crèches, écoles, maisons de retraites, logements ?
Notre opposition au projet
Nous réaffirmons notre opposition à ce projet, et les événement actuels nous donnent raison : le dérèglement climatique devient, au yeux de tous, une évidence. Tous les experts, notamment au sein du GIEC, l’affirment. Réaliser Notre Dame des Landes, c’est encourager le développement d’un mode de transport 25 fois plus polluant que le train ! le coût du baril de pétrole augmente chaque jour, il est actuellement à environ 130 $. Certains experts l’annonce à 150 $ pour cet été. Pour la première fois, on a annoncé une baisse (de 0,2%) de la production de pétrole en 2007 (rapport annuel de BP sur l’énergie dans le monde). C’est peut-être le début du déclin de la production de pétrole dans le monde. Les pays gros consommateurs de pétrole commencent à se poser la question : comment consommer moins de pétrole ? C’est d’ailleurs le sens de certaines orientations du Grenelle de l’Environnement, contenu dans le projet de loi bientôt déposé à l’Assemblée Nationale : développer massivement le réseau TGV et le réseau tramway. Réaliser Notre Dame des Landes, c’est encourager le développement d’un mode de transport gros consommateur de kérosène, c’est aller à l’encontre d’une politique de sobriété énergétique. L’augmentation du coût du pétrole met à mal la santé financière des compagnies aériennes. Le récent rapport de l’IATA (International Air Transport Association) prévoit 6 milliards de $ de pertes pour les compagnies aériennes si le baril de pétrole reste à 135 $ : "un pétrole au-dessus de 130 $ le baril nous mène dans un monde inconnu. Nous avons tous les éléments pour une nouvelle tempête". Quelques exemples : deux compagnies européennes sont actuellement à vendre, qui ne trouvent pas preneurs : Alitalia (Italie) et Austrian Airlines (Autriche). La compagnie low-cost Easyjet voit ses pertes passer de 17 millions à 48 millions de livres lors du dernier semestre, à cause de l’augmentation du prix du pétrole. Plusieurs compagnies américaines (United Airlines, Continental Airlines, US Airways) diminuent le nombre de leurs vols intérieurs pour faire des économies de carburant. Air France augmente une nouvelle fois sa surcharge carburant et prévoit de fermer certaines lignes intérieures, en concurrence directe avec le TGV.
Avec la hausse continue du prix du pétrole, combien restera-t-il de compagnies aériennes dans quelques années, quel sera le volume du trafic aérien ? Au vu de ces incertitudes, réaliser Notre Dame des Landes en tablant sur une augmentation du trafic aérien, c’est vraiment "un pari sur l’avenir", comme le disait la commission d’enquête dans les conclusions de son rapport de l’enquête d’utilité publique ; "un pari insensé" . La réalisation de l’aéroport de Notre Dame des Landes, à quelques dizaines de kilomètres de l’agglomération nantaise, est en contradiction avec l’adoption récente par Nantes Métropole d’un Plan Climat territorial. Ce plan climat prévoit d’économiser 45 000 tonnes de CO2 par an à partir de 2010. Réaliser Notre Dame des Landes réduirait à néant les efforts engagés par les collectivités et leurs habitants ! A l’heure du développement durable, les enjeux actuels, tel le réchauffement climatique, doivent nous obliger à limiter par tous les moyens nos rejets polluants.
Le projet d’un nouveau franchissement de Loire Nous réitérons notre opposition à un nouveau franchissement de Loire qui sera forcément en opposition au SAGE (maintien des zones humides), qui posera de gros problèmes d’insertion dans les sites, qui sera lui aussi très coûteux (on parle de 150 M €). Là aussi, qui paiera ? Un nouveau franchissement de Loire pourrait être le début d’un deuxième périphérique qui encouragerait l’étalement urbain et le développement du trafic voiture, à l’heure où l’on cherche à économiser le pétrole et développer les modes de transports moins énergétivores (cf ci-dessus)
Autres arguments toujours d’actualité :
Saturation : Nantes Atlantique n’est pas saturé avec 2,6 millions de passagers. Certains aéroports à une seule piste (Gatwick, Barcelone) peuvent accueillir jusqu’à 9 millions de passagers. De plus, on ne mesure pas la saturation d’un aéroport au seul nombre de passagers. Comptent aussi le nombre de mouvements effectués. Or, à Nantes-Atlantique, ils sont en baisse constante depuis plusieurs années.
Survol de Nantes : Un nouvel aéroport à Notre Dame des Landes ne signifierait pas la fermeture de l’actuel. Nantes-Atlantique continuera à fonctionner (fret, Airbus...), n’évitant donc pas le survol de Nantes.
Piste alternative : Aucune étude sérieuse n’a été effectuée sur la réalisation à Nantes-Atlantique d’une piste est-ouest en remplacement de l’actuelle Nantes Atlantique. Cette solution a aussi le mérite de maintenir les infrastructures existantes et de préserver le site de Notre Dame des Landes. La seule qui ait été faite, par le conseil général, n’est pas crédible : elle étudiait la réalisation d’une deuxième piste, en complément de la première. Ceci fausse l’ensemble des conclusions. La commission d’enquête a d’ailleurs regretté que la proposition de piste alternative soumise par Solidarités Ecologie n’ait pu être traitée. Les associations et Les Verts exigent une étude sérieuse, instruite par un organisme indépendant.
Environnement : les délibérations parlent d’un aéroport qui serait « exemplaire du point de vue environnemental », un aéroport HQE . Qui peut croire un seul instant cette affirmation ? La réalisation de cet aéroport entraînerait la disparition d’espèces protégées et la destruction de 1650 ha de bocages et de mares au moment où l’on manque de terres agricoles.